Une arnaque au sentiment commence rarement par une demande d’argent. Elle commence par de l’attention : des messages réguliers, des compliments, une complicité qui s’installe. Sur un site de rencontre, une plateforme de cam ou un réseau adulte, elle prend souvent une forme plus brutale, quand un échange intime devient un moyen de pression. Ce guide porte sur ce moment de bascule. Il explique ce que le droit pénal permet de reprocher à l’auteur et quelles démarches faire, dans l’ordre. Pour savoir si les photos d’un profil sont volées, la méthode est détaillée dans notre article sur les faux profils et la recherche d’image inversée.
Arnaque au sentiment : ce que recouvre le terme
Ce sujet s’inscrit dans notre guide de reference : CNIL définition : ce qu’elle peut faire pour tes données.
Le ministère de la Justice définit l’escroquerie aux sentiments comme une relation affective ou amicale feinte, nouée en ligne, dans le but d’obtenir de l’argent sous divers prétextes (Justice.fr, 2026). La même fiche distingue trois mécanismes. Le langage courant les range souvent sous le même mot, alors qu’ils ne relèvent pas des mêmes textes.
- L’escroquerie aux sentiments : la victime paie parce qu’elle croit à la relation et au prétexte avancé. L’argent est obtenu par la tromperie.
- Le chantage : la victime paie parce qu’on menace de révéler quelque chose. L’argent est obtenu par la peur.
- La sextorsion : une forme de chantage où la menace porte sur des images ou des vidéos intimes, souvent obtenues pendant la relation elle-même.
Cette distinction a des conséquences pratiques. Une même histoire peut passer d’un mécanisme à l’autre : un escroc qui n’obtient plus de virements par la séduction peut ressortir les images échangées pour menacer. Savoir nommer ce qui se passe aide à décrire les faits avec précision au moment de la plainte, et à comprendre quelles peines sont encourues.
Le mot « brouteur », issu de l’argot ivoirien, sert couramment à désigner ces escrocs en ligne. Il a un défaut : il laisse croire que l’arnaque vient toujours du même endroit et suit toujours le même script. Or un faux profil peut être tenu depuis n’importe quel pays, par une personne seule ou par un groupe qui se partage les rôles. Mieux vaut juger un interlocuteur à son comportement qu’à une origine supposée.
Le scénario type, du premier message à la demande d’argent
Le schéma décrit par les autorités se répète d’une victime à l’autre. Il ne s’agit pas d’un piège grossier mais d’une construction patiente : selon l’Institut national de la consommation, ces escroqueries peuvent durer plusieurs mois, voire plusieurs années (INC, 2024). Cette durée explique pourquoi les victimes ne se sentent pas « arnaquées » : de leur point de vue, elles vivent une relation.
Un profil flatteur, une séduction appliquée
Le compte affiche des photos avantageuses, souvent prises à une autre personne, et une histoire qui inspire confiance. Le métier ou la situation annoncés justifient presque toujours l’éloignement : mission à l’étranger, chantier isolé, déplacement professionnel sans fin. Les messages sont fréquents, attentionnés, et les déclarations arrivent tôt. Rien de tout cela n’est suspect isolément. C’est l’accumulation, et surtout ce qui suit, qui doit alerter.
La rencontre qui n’arrive jamais
Cybermalveillance.gouv.fr liste les signaux d’alerte : des excuses répétées pour éviter la rencontre physique, des demandes d’argent de plus en plus importantes et des tentatives pour isoler la victime de ses proches (Cybermalveillance.gouv.fr, 2026). L’isolement est le plus discret des trois. Il passe par des phrases comme « ne parle pas de nous à ta famille, ils ne comprendraient pas ». L’objectif est d’écarter les personnes qui pourraient dire, de l’extérieur, que l’histoire ne tient pas debout.
L’urgence comme levier
Vient ensuite la demande. Elle est présentée comme exceptionnelle et pressante : des frais médicaux à régler, un compte bancaire bloqué, un problème juridique ou administratif, un billet pour enfin venir. Si un premier paiement passe, d’autres demandes suivent. Un refus est accueilli par de la tristesse, puis des reproches, parfois des menaces. C’est souvent là que l’escroquerie se transforme en chantage.
Le repère à garder tient en une phrase : une personne que vous n’avez jamais rencontrée et qui vous demande de l’argent, quel qu’en soit le motif, doit être traitée comme un escroc tant que rien ne prouve le contraire.

Sur les sites de rencontre, cams et plateformes adultes : les signaux propres
Les guides des banques et des assureurs parlent peu de ce contexte. Sur une plateforme adulte, l’intimité elle-même peut devenir l’arme, et la honte ressentie par la victime fait partie du calcul de l’auteur.
L’invitation à quitter la plateforme
Premier signal : l’interlocuteur pousse rapidement à poursuivre ailleurs, sur une messagerie privée, un réseau social ou un appel vidéo hors du site. L’argument varie, l’effet est le même : sortir d’un espace où la modération peut repérer et bloquer un compte, et où les échanges sont rattachés à un profil signalable. Rester sur la plateforme tant que la confiance n’est pas établie est une protection en soi.
La visio intime qui sert au chantage
La CNIL décrit ce scénario dans sa rubrique consacrée au chantage à la webcam : une personne abordée sur un site de rencontre est amenée vers un échange vidéo intime, qui sert ensuite à la faire chanter (CNIL, 2026). L’enregistrement est réalisé sans que la victime le sache. La menace vise en général l’entourage : famille, collègues, contacts sur les réseaux sociaux. Cybermalveillance.gouv.fr range d’ailleurs ces menaces de chantage aux photos intimes parmi les signaux d’une escroquerie sentimentale (Cybermalveillance.gouv.fr, 2026).
Ce que disent les plateformes
Les règles des grands services de rencontre ne laissent aucune ambiguïté. Tinder demande de ne jamais envoyer d’argent, que ce soit par virement, par un service bancaire ou par une application, et de bloquer puis signaler tout membre qui en réclame. Les demandes d’argent figurent parmi les violations de ses règles (Tinder, 2026). Une demande d’argent n’est donc pas une zone grise : c’est un motif de signalement à elle seule, avant même toute perte.
Pour contrôler l’identité d’un profil, l’origine de ses photos et la cohérence de son histoire, reportez-vous à notre méthode pour démasquer un faux profil. La suite de ce guide porte sur ce qui se passe quand l’argent ou le chantage entre en jeu.
Ce que prévoit le code pénal
« Arnaque au sentiment » n’est pas une qualification juridique. Selon les faits, l’auteur relève de l’escroquerie, de l’escroquerie aggravée ou du chantage, et les peines diffèrent nettement.
L’escroquerie simple
L’article 313-1 du code pénal réprime le fait de tromper une personne, par l’usage d’un faux nom, d’une fausse qualité ou de manœuvres frauduleuses, pour obtenir qu’elle remette des fonds. C’est exactement le mécanisme du faux profil qui invente une urgence. La peine est de 5 ans d’emprisonnement et 375 000 € d’amende (Légifrance, 2026).
L’escroquerie aggravée
L’article 313-2 alourdit les peines dans plusieurs cas, notamment lorsque la victime est particulièrement vulnérable, du fait de son âge, d’une maladie, d’une infirmité ou d’une déficience, et que cette vulnérabilité est apparente ou connue de l’auteur. La peine passe alors à 7 ans d’emprisonnement et 750 000 € d’amende, et à 10 ans et 1 000 000 € quand les faits sont commis en bande organisée (Légifrance, 2026). La vulnérabilité s’apprécie au cas par cas : le simple fait de se sentir seul ne suffit pas automatiquement à la caractériser.
Le chantage et la sextorsion
L’article 312-10 punit le fait d’obtenir de l’argent, une signature ou un engagement en menaçant de révéler des faits de nature à porter atteinte à l’honneur ou à la considération d’une personne. La peine de base est de 5 ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende. Depuis le 23/05/2024, elle est portée à 7 ans et 100 000 € lorsque le chantage passe par un service de communication en ligne et porte sur des images ou contenus à caractère sexuel (Légifrance, 2024). C’est précisément le cas de la sextorsion après une visio intime.
Si l’auteur met sa menace à exécution, l’article 312-11 prévoit 7 ans d’emprisonnement et 100 000 € d’amende (Légifrance, 2026). La diffusion des images ne fait donc pas disparaître l’infraction : elle reste poursuivable.
| Situation | Texte | Prison | Amende |
|---|---|---|---|
| Faux profil qui obtient de l’argent par tromperie | Art. 313-1 | 5 ans | 375 000 € |
| Même faits, victime particulièrement vulnérable | Art. 313-2 | 7 ans | 750 000 € |
| Même faits, en bande organisée | Art. 313-2 | 10 ans | 1 000 000 € |
| Chantage (menace de révélation) | Art. 312-10 | 5 ans | 75 000 € |
| Chantage en ligne portant sur des images sexuelles | Art. 312-10 | 7 ans | 100 000 € |
| Menace de chantage mise à exécution | Art. 312-11 | 7 ans | 100 000 € |
Victime : les gestes à faire, dans l’ordre
La honte pousse souvent à se taire ou à payer pour que tout s’arrête. Ce sont les deux réflexes qui servent l’auteur. Voici l’ordre recommandé par les services publics.
- Couper le contact et ne rien payer, même sous la menace. Cybermalveillance.gouv.fr recommande de cesser tout échange (Cybermalveillance.gouv.fr, 2026). Un paiement ne garantit ni la suppression des images ni la fin des demandes : il montre surtout à l’auteur que la pression fonctionne.
- Conserver les preuves avant de bloquer. Justice.fr cite les numéros de téléphone, les captures d’écran horodatées, les SMS et les enregistrements (Justice.fr, 2026). Ajoutez le nom et l’adresse du profil, l’URL de la plateforme, les justificatifs de virement ou de paiement. Ne supprimez pas la conversation.
- Prévenir sa banque immédiatement. La CAF conseille de la contacter sans attendre pour tenter de bloquer les virements en cours (CAF, 2026).
- Signaler le profil à la plateforme. Le compte peut ainsi être bloqué avant de viser d’autres personnes. Faites vos captures avant le signalement : un compte supprimé n’est plus consultable.
- Porter plainte ou signaler sur THESEE, selon votre situation (détail ci-dessous).
- Se faire accompagner. Info Escroqueries répond au 0 805 805 817, gratuitement, du lundi au vendredi de 9h à 18h30 ; France Victimes répond au 116 006, gratuitement, 7j/7 de 9h à 19h (Cybermalveillance.gouv.fr, 2026).
Plainte THESEE ou simple signalement : la différence
La plateforme THESEE propose deux démarches qui n’ont pas du tout la même portée.
La plainte en ligne suppose deux conditions cumulatives : une relation restée uniquement virtuelle et une demande d’argent. Le paiement n’est pas nécessaire, une demande suffit. Elle est réservée aux personnes majeures et passe par FranceConnect. Un avis d’information est ensuite déposé dans l’espace Service-Public.fr du plaignant, et la plainte peut être complétée pendant 6 ans (Justice.fr, 2026).
Le signalement est ouvert à tous, majeurs comme mineurs, et peut être fait de façon anonyme avec une simple adresse e-mail. Ce n’est pas une plainte : son auteur ne reçoit aucun suivi de l’enquête (Justice.fr, 2026). Il est utile pour faire remonter un profil frauduleux, mais il ne permet ni d’être reconnu comme victime ni de demander réparation.
Si la relation a donné lieu à une rencontre physique, ou si votre situation ne remplit pas ces conditions, la plainte se dépose au commissariat, à la gendarmerie ou par courrier adressé au procureur de la République. Quelle que soit la voie, le délai pour agir est de 6 ans (Justice.fr, 2026). Inutile pour autant d’attendre : plus les faits sont récents, plus les traces sont exploitables.

Peut-on récupérer son argent ?
C’est la question que posent toutes les victimes, et la réponse honnête est : parfois, sans garantie. Trois éléments pèsent sur l’issue.
La banque. Plus elle est prévenue tôt, plus un virement a de chances d’être bloqué. La CAF souligne que beaucoup de banques exigent un dépôt de plainte avant d’examiner tout remboursement (CAF, 2026). C’est une raison de plus de porter plainte plutôt que de se contenter d’un signalement.
La localisation de l’auteur. La même source rappelle que les enquêtes sont limitées quand l’escroc opère hors de France (CAF, 2026). Identifier une personne derrière un faux profil, puis la poursuivre à l’étranger, prend du temps et n’aboutit pas toujours.
La procédure pénale. Si l’auteur est identifié et poursuivi, la victime peut se constituer partie civile et demander des dommages et intérêts (Justice.fr, 2026). Une condamnation à indemniser ne signifie pas un versement immédiat, en particulier si l’auteur est insolvable.
Restez enfin prudent face à toute personne ou société qui vous contacte après coup pour proposer, contre paiement, de « récupérer » les sommes perdues. Une victime qui a déjà payé est une cible repérée. Les seuls interlocuteurs légitimes sont votre banque, les services d’enquête, la justice et les associations d’aide aux victimes citées plus haut.
Ce qu’il faut retenir avant de répondre au prochain message
Une relation en ligne n’a rien de suspect en soi, y compris sur une plateforme adulte. Ce qui doit alerter, c’est la combinaison d’une rencontre sans cesse repoussée, d’une pression pour quitter le site, et d’une première demande d’argent ou d’une menace liée à des images. À ce stade, il n’y a rien à négocier : on coupe, on garde les preuves, on prévient la banque et on porte plainte. Le chantage aux images sexuelles commis en ligne est puni plus sévèrement que le chantage ordinaire, et la honte doit changer de camp : c’est l’auteur qui risque la prison, pas la victime qui a fait confiance.
Sources
- Cybermalveillance.gouv.fr (GIP ACYMA) — Signaux d’alerte : excuses pour éviter la rencontre, demandes d’argent croissantes, tentatives d’isolement, menaces de chantage avec photos intimes. Démarches : couper le contact, garder les preuves, porter plainte (THESEE), alerter le site, prévenir la banque. France Victimes 116 006 (gratuit, 7j/7, 9h-19h) ; Info Escroqueries 0 805 805 817 (gratuit, lundi-vendredi 9h-18h30). (Publiée le 07/02/2024, mise à jour le 15/09/2026)
- Légifrance — Code pénal, art. 313-1 — Définition de l’escroquerie (faux nom, fausse qualité, manœuvres frauduleuses pour obtenir la remise de fonds). Peine : 5 ans d’emprisonnement et 375 000 € d’amende. (Version en vigueur depuis le 01/01/2002)
- Légifrance — Code pénal, art. 313-2 — Escroquerie aggravée : 7 ans et 750 000 € notamment au préjudice d’une personne particulièrement vulnérable ; 10 ans et 1 000 000 € en bande organisée. (Version en vigueur depuis le 27/06/2026)
- Légifrance — Code pénal, art. 312-10 — Chantage : 5 ans et 75 000 €. Porté à 7 ans et 100 000 € quand il est commis par un service de communication en ligne et porte sur des images ou contenus à caractère sexuel. (Version en vigueur depuis le 23/05/2024 (loi n° 2024-449 du 21/05/2024))
- Légifrance — Code pénal, art. 312-11 — Quand l’auteur du chantage met sa menace à exécution, la peine passe à 7 ans d’emprisonnement et 100 000 € d’amende. (Version en vigueur depuis le 01/01/2002)
- Justice.fr (ministère de la Justice) — Plainte THESEE : deux conditions cumulatives, une relation uniquement virtuelle et une demande d’argent (le paiement n’est pas nécessaire). Réservée aux majeurs, via FranceConnect. Avis d’information dans l’espace Service-Public.fr. Plainte modifiable pendant 6 ans. (Date de mise à jour non affichée dans l’extraction, consultée le 05/10/2026)
- Justice.fr (ministère de la Justice) — Le signalement THESEE est ouvert à tous (majeurs et mineurs), anonyme avec une simple adresse e-mail. Ce n’est pas une plainte et l’auteur du signalement ne reçoit aucun suivi de l’enquête. (Date non affichée, consultée le 05/10/2026)
- Justice.fr (ministère de la Justice) — Distingue escroquerie aux sentiments, chantage et sextorsion. Liste les preuves à conserver (numéros, captures horodatées, SMS, enregistrements). Victime : demande de dommages et intérêts possible. Prescription de 6 ans. (Date non affichée, consultée le 05/10/2026)
- CNIL — Rubrique « Réagir en cas de chantage à la webcam » : décrit le scénario d’une victime abordée sur un site de rencontre puis amenée vers un échange vidéo intime qui sert ensuite au chantage. (Date de mise à jour non affichée)
- Caisse d’allocations familiales (CNAF) — Contacter la banque immédiatement pour bloquer les virements. Beaucoup de banques exigent un dépôt de plainte avant tout remboursement. Les enquêtes sont limitées quand l’escroc opère hors de France. (Date non affichée, consultée le 05/10/2026)
- Tinder (Match Group) — conseils de sécurité de la plateforme — Consigne de la plateforme : ne jamais envoyer d’argent (virement, service bancaire ou application) et bloquer puis signaler tout membre qui en demande. Les demandes d’argent sont listées parmi les violations des règles. (Date non affichée sur la page)
- Institut national de la consommation (INC) — Ces escroqueries peuvent durer plusieurs mois, voire plusieurs années. La page ajoute que près de 80 % des victimes seraient des femmes de plus de 50 ans, sans source primaire : chiffre À NE PAS RETENIR tant que la source n’est pas trouvée. (16/10/2024)

